Métier de rêve : illustratrice, comme Margaux Motin

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Métier de rêve : illustratrice, comme Margaux Motin

Margaux Motin

Il y a des jours comme ça, où je me dis « c’est moi qui ai un métier de rêve ! » Imaginez-vous : pouvoir rencontrer une illustratrice que vous adorez et dont vous suivez le travail depuis des années, pour l’interviewer sur son parcours.
C’est ainsi que j’ai échangé longuement avec l’une des dessinatrices les plus talentueuses de sa génération, j’ai nommé Margaux Motin. Une discussion à bâtons rompus au cours de laquelle elle m’a expliqué son parcours et son travail au quotidien.
Un échange qui m’a permis de comprendre que son chemin a été jalonné de leçons d’humilité avant de rencontrer de beaux succès.
Etre illustratrice, c’est beaucoup de travail, mais aussi l’art d’être au bon endroit au bon moment (ou de provoquer le destin), et surtout la faculté de persévérer.

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Pour Margaux Motin : l’illustration est une vocation

Margaux Motin

A l’aube de la vingtaine, Margaux Motin a terminé ses études. Elle sait que dessiner c’est « sa vie » mais elle ne se sent pas encore prête à nager dans le grand bain.

« J’ai toujours voulu dessiner, je savais que je voulais travailler dans ce domaine, donc j’ai fait une école d’arts appliqués. A 20 ans j’avais terminé mon parcours scolaire mais je n’étais pas prête à me lancer dans le monde professionnel.
D’autant que les profs nous ont rabâché que c’était très dur, qu’il y aurait peu d’élus, que c’est un métier laborieux…Je ne me sentais pas d’aller démarcher moi même des clients.
D’autant que ma priorité à ce moment là de ma vie était de prendre mon indépendance, donc j’ai fait pas mal de petits boulots comme du secrétariat dans un magazine de déco et du journalisme. J’ai aussi été serveuse, puis vendeuse.
Ensuite, j’ai travaillé un an à la Fnac junior où j’ai pu progresser comme responsable adjointe du magasin, j’y suis restée 3 ans au total. »

L’art de la technique fourbe

Margaux Motin

Après plusieurs années de ‘petits boulots’, Margaux Motin se sent assez courageuse pour se lancer et démarcher des magazines. Nous sommes en 2003.

« J’ai découvert le magazine Muteen, qui avait un ton assez irrévérencieux et ça m’a donné envie. Cette ligne assez girl power, ça me correspondait.
Au début, bizarrement, les rédactrices m’ont commandé des rubriques écrites, alors j’ai fait le forcing pour les illustrer sans parvenir à les convaincre.
Donc c’est là que j’ai utilisé ma première technique fourbe : j’ai rendu une rubrique (sur CD, à l’époque !) et j’ai fait genre « ah miiiiince j’ai oublié d’enlever le dessin fait avec rholalalaaaaaa ».
Et ça a marché ! Au bout de quelques chroniques écrites, j’ai donc pu les illustrer par mes dessins.
C’était une opportunité car ça m’a fait connaître, j’ai rayonné dans ce petit milieu et c’est comme ça que j’ai ensuite travaillé pour Nova Mag et Têtu.
C’était super pour moi d’entrer dans le monde de la presse indépendante, avec un ton particulier pour chaque titre.
En revanche, ce n’est pas grâce à ces expériences que je faisais bouillir la marmite : je continuais en parallèle mon petit job de vendeuse car la presse me rapportait environ 200 euros par mois. »

Porte close

Margaux Motin

Comme une petite mélodie, la vie d’illustratrice c’est essayer-tomber-se relever-ne pas se décourager-recommencer…pour, au final, y arriver.

« Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai été frapper aux portes de maisons d’édition et j’ai contacté un agent (la personne qui négocie les contrats publicitaires).
Là ça a été une période difficile, car je me suis prise de gros vents par les maisons d’édition… et l’agent en question m’a dit que je n’étais pas au niveau. C’était le moment de ma vie où il a fallu croire en moi et persévérer. Je me suis aussi rendue compte que je ne travaillais pas assez « mon dessin ». A ce moment là, mon compagnon de l’époque m’a dit de me consacrer à cela uniquement.
Donc j’ai quitté mon job de vendeuse et j’ai bossé à fond pendant 3 mois sur un « book fictif » de fausses campagnes de pub.
Finalement, avec ce travail acharné, l’agent a accepté de me représenter. Travailler chaque jour, c’est ce qui m’a permis de progresser.
C’était en 2004, et là j’ai commencé à gagner ma vie uniquement par le dessin. Mais il y a eu des hauts et des bas, j’étais loin d’être « arrivée » et j’ai du me diversifier.
A un moment vraiment « crève la dalle » j’ai même fait du « rough », j’avais inventé un pseudo et je faisais du storyboard pour des agences. Ce n’est pas ce que je voulais faire mais ça m’a permis de continuer. »

Margaux prend son envol

Margaux Motin

En 2008, Margaux créé son blog, au départ, pour montrer son travail à de potentiels clients. Finalement, ce média lui permet de rencontrer son audience.

« En fait, tout est parti d’un besoin : j’en avais marre de démarcher avec un book papier et je cherchais un outil qui facilite la diffusion de mes illustrations pour des clients potentiels. Donc j’ai fait faire un site internet avec mon book en ligne.
C’était vraiment les débuts d’internet, le site était fixe et ne permettait pas les commentaires.
Finalement, une amie m’a parlé du principe du blog. J’ai découvert cet objet organique, les échanges spontanés avec les gens, le fait de pouvoir interagir et j’aimais bien l’esprit « journal de bord ».
Le fait que les gens réagissent et que des inconnus te disent qu’ils aiment ce que tu fais, ça m’a donné envie d’en faire plus… beaucoup plus. A cette période de ma vie, j’y ai consacré toutes mes soirées.
Ca m’a pris un temps fou mais le blog a pris de l’essor. Je crois aussi qu’il y a une question de timing : car mon aventure ‘bloguesque’ est arrivée au moment où Pénélope Bagieu a fait exploser la BD au féminin. »

Les différents tempos de Margaux

Margaux Motin Margaux Motin

En 2010, la carrière de Margaux décolle puisqu’elle enchaîne les beaux contrats publicitaires et l’édition en plus de la presse…des expériences qu’elle mène sur des temporalités différentes.

« J’ai la chance de travailler sur des projets très variés.
Dans l’édition, on est sur le long terme, je travaille 1 à 2 ans sur un album. Dans mon métier d’auteur, j’ai mis un peu de temps à trouver la méthode de travail. Au départ, je m’essoufflais car je voulais écrire tout le scénario et les dialogues avant de dessiner. Mais je ne produisais rien de satisfaisant. Aujourd’hui, je pose les grandes lignes du récit puis je passe aux crayonnés et ensuite au dessin.

Margaux Motin
Dans la pub, on est sur du court terme. C’est une partie de mon travail que j’aime beaucoup car il me permet de rester dans le mouvement, de dessiner des personnages d’actualité. Et puis aujourd’hui, j’ai de belles commandes ! ».

Partir un jour (de Paris)

Margaux Motin

En quittant Paris, Margaux laisse derrière elle ses mauvaises habitudes de travail et le stress des rendus dans des timings intenables. Depuis le Pays Basque, elle a mis en place une méthode de travail très efficace.

« Il y a quelques années, je suis partie de Paris pour le pays Basque pour retrouver mon compagnon. J’ai grandi en Bretagne, au grand air et ce grand air me manquait.
Les conséquences sur le boulot ont été très positives, ici je travaille mieux, je suis moins speed. J’en ai fini avec ‘les charrettes’ et cette croyance qu’il faut toujours être dispo.
Un jour j’ai osé dire à un client que je ne pourrais pas bosser ce week end et qu’à partir de 18h vendredi, je levais le crayon. Il m’a avoué être soulagé car ça lui permettrait à lui aussi de passer un vrai we !
Finalement en m’ôtant ce stress stérile des rendus, je me perds moins dans des considérations absconses, je vis mieux et au final, je travaille plus efficacement.

Margaux Motin
J’ai la chance de travailler de chez moi avec mon compagnon, Pacco (qui est lui aussi illustrateur). J’aime beaucoup le fait de ne pas avoir d’horaires de travail : si je suis fatiguée ou que je n’ai pas d’inspiration, je m’arrête et je vais me balader ou je regarde une série.
En dehors de ça c’est un métier exigeant qui demande beaucoup de travail.
On pratique le co-work avec mon compagnon : 1 heure par jour, on se retrouve tous les deux et on travaille ensemble, on fait des impro dessinées, on brainstorme, on partage notre travail en cours, on se soumet des idées et on réagit.
C’était nouveau pour moi ce travail en équipe mais ça rend définitivement plus efficace et ça évite les pannes d’inspiration ! »

Pour la suite, Margaux Motin planche sur son prochain ouvrage (sortie prévue en 2018, stay tuned !) et continue à travailler sur des contrats publicitaires ainsi que pour la presse.

Merci Margaux de nous avoir offert ces tranches de vie sur les dessous de ton métier d’illustratrice !

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Cet article a été écrit par Marjolaine Gaudard

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